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Attachement viscéral à sa voiture

Depuis le lancement de mon livre « Ça roule pour moi », j’ai eu la chance de voir trois grands médias québécois publier des textes au sujet du bouquin et de notre vie sans voiture. Chaque fois, un bel espace bien positionné dans le journal avec des photos. Les photos sont peut-être à l’origine du problème parce qu’on m’y voit sur mon vélo ! Ô, quel sacrilège… un «maudit cycliste» de Montréal !!!

Ce qui m’a fasciné c’est de voir ces articles republiés sur Facebook par des groupes d’automobilistes, par des animateurs de radio-poubelle ou simplement par des individus qui aiment souffler sur les braises des sujets chauds sur les médias sociaux.

J’ai lu un bon millier de commentaires dont très peu, bien sûr, étaient positifs, même s’il y avait quand même des opinions censées et réfléchies au travers de tout ça. On me traite de tous les noms. Je suis trop pauvre pour avoir un char, trop gros pour faire du vélo, trop con pour vivre comme tout le monde, et ainsi de suite. On me demande si j’ai pensé à l’hiver ? Comment je fais pour aller au Costco ? On assume que clairement, je n’ai pas d’enfants à aller porter à gauche à droite ! Tout ça sans avoir lu mon livre et, dans bien des cas, sans même avoir lu l’article sous lequel ils laissent leurs commentaires — je pourrais même dire où ils laissent leur venin. Bien sûr, ça ne m’affecte pas tellement, parce qu’on ne critique pas mon propos si on n’en a même pas pris connaissance.

Mais je dirais que ce qui ressort de tout ça et qui me fascine le plus, c’est une forme de peur. Comme si mon choix de vivre sans voiture était l’engrenage d’une grande machination qui va aboutir à se voir retirer le privilège de posséder sa propre voiture. Comme si le fait que moi qui me déplace à pied ou à vélo allais nécessairement forcer tout le monde à faire pareil. Et là, les commentaires pleuvent pour dire que c’est impossible parce qu’ils sont en mauvaise santé, qu’ils habitent à des kilomètres de leur travail, qu’ils n’ont pas l’intention de geler dehors l’hiver, et ainsi de suite. Une peur que je m’explique mal. Je suis juste un gars qui a fait le choix de se déplacer autrement et qui n’en revient pas à quel point c’est facile et libérateur !

C’est bien évident que la vie sans voiture ne fonctionne pas pour tout le monde. Ça fonctionne même seulement pour un petit pourcentage de la population. Après tout, on vit en Amérique du Nord. Notre pays et nos villes ont été pensés et dessinés pour la voiture, et lorsqu’on fait le choix du tout à l’automobile, c’est bien normal que tout le monde en possède une ! Dans mon livre, j’exprime simplement l’idée que de faire un choix différent pourrait être possible et, si on garde l’esprit ouvert, ça pourrait même être fort agréable, en plus de quelques effets collatéraux comme économiser beaucoup d’argent, réduire le stress et rendre sa vie plus simple.

Il va sans dire que j’aimerais que nos gouvernements donnent un peu plus d’attention à cette tranche de la population qui n’a pas de voiture. Et je ne parle pas seulement des familles comme la mienne, qui ont fait un choix volontaire parce qu’elles habitent dans un quartier central où c’est super facile. Je parle aussi des autres, qui n’ont pas de voiture parce qu’ils ne peuvent pas en avoir : les immigrants, les étudiants, les personnes âgées et les gens qui vivent avec peu de moyens financiers. Il y a une tranche de la population qui se voit imposer la vie sans voiture. Et ces gens-là se déplacent quand même parce qu’ils doivent bien travailler, aller voir leur famille, faire leur épicerie ou visiter leur médecin. Bien sûr, à Montréal, se déplacer est relativement facile, mais dès qu’on a besoin de sortir de la ville ou d’aller dans des régions un peu moins bien desservies, le casse-tête devient nettement plus complexe.

Ma famille et moi avons les moyens de louer des voitures, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Une société comme la nôtre pourrait faire une place plus grande à ceux qui n’ont pas de voiture, sans que ça coûte une fortune. Parce qu’à mes yeux, le monde dans lequel tout le monde a sa propre voiture est sans doute la version la plus dispendieuse d’une société riche. En termes d’usure des routes, d’entretien, de déneigement, de construction de ponts, et ainsi de suite. Un transport collectif efficace bénéficie à tout le monde, sans exception. Même ceux qui n’y montent jamais.

Il est absurde de penser qu’on pourrait réduire la congestion routière en augmentant le nombre de routes et de voitures. Il faut penser différemment pour permettre à tous, en voiture, à vélo, à pied ou en transport en commun, de se déplacer rapidement, librement et à bon prix.

Alors Go pour le transport en commun, pour le transport actif, pour réduire la congestion routière… et apaiser la tension ambiante ! Chers automobilistes, je vous aime. ❤️

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